Courir un marathon, 7 étapes pour changer de vie, partie II

courir un marathon partie 2

VI. L’étape décisive : le marathon

Après avoir respecté les dernières étapes, je me sens armé physiquement et mentalement pour affronter cette épreuve.

1. La dernière semaine :

Il est recommandé de faire quelques footings mais personnellement, je ne suis pas sorti, pas peur de me blesser ou de tomber malade. Comme vous l’avez peut-être lu dans ma chronique sur la nutrition, la dernière semaine doit permettre de faire des réserves en glycogènes et les derniers footings permettent d’ouvrir les fenêtres métaboliques. Pour autant, j’ai choisi de constituer mes réserves dans les 24h précédant le marathon. Voila mon repas du samedi soir : (je pèse un plus de 70 kg) :

  •  125 g de blanc de poulet
  •  250 g de pâtes cuites avec de l’huile d’olive
  • 150 g courgettes pelées
  •  1 yaourt
  •  200 g de compotes de pommes

2. Le récit de ma course

C’est assez classique, une fois qu’on a fait un marathon, on est pris de l’irrépressible envie de partager cette expérience inoubliable, alors je ne peux m’empêcher, voila comment s’est passé le Jour J Un réveil en douceur Le départ était à 8h45, donc je me suis levé à 5h30 pour prendre mon dernier repas, qui ressemblait à ça :

  •  125 g de pain levain avec du beurre
  • 1 yaourt nature avec du miel
  • 200 g de compotes de pomme
  • 1 thé vert (sans sucre)

Dans les 3 dernières heures, j’ai repris 300 g compotes de pomme (ça a fait beaucoup de compote pendant le week-end) Ensuite, il faut attendre, essayer de se détendre avant de partir. Pour me motiver, j’ai commencé à visualiser mentalement ma course : m’imaginer sur la ligne de départ, au dixième, au vingtième, au trentième km puis en train de franchir la ligne d’arrivée… Surtout, rester confiant ! Ce matin du 7 avril, il faisait froid à Paris sont alors venus deux dilemmes :

  • T-shirt manche longue ou courte ? Risquer de prendre froid avant le départ ou d’avoir trop chaud pendant le marathon ? J’ai opté pour la première solution, les manches longues : ma première erreur. Le mieux est d’arriver avec un vieux sweat (certains utilisent des sacs poubelles) pour se rendre au départ et de le jeter quand on commence à courir.
  • Courir avec ou sans mon sac ? Avoir constamment de l’eau avec moi (ce qui me rassurait) mais alourdir le poids que devraient supporter mes jambes. J’ai choisi de prendre le sac, c’était ma deuxième erreur.

7 h 45, « rendez-vous en terre inconnue »

Il fait beau mais très froid, je suis confiant et bien armé. J’ai mon sac, 2 litres d’eau, des gels et des barres de l’effort, rien ne peut m’arriver (enfin, c’est ce que je pense) … Dans le métro je croise les premiers coureurs et discute avec l’un deux. Je trouvais mes cuisses bien musclées mais les siennes sont monstrueuses. « Je prévois de le finir en 3h », d’accord, je comprends mieux. Il me donne en même temps quelques conseils : « Le marathon ne commence qu’au 30è km. C’est à ce moment là que tes jambes commencent à se remplir d’acide lactique, qu’elles deviennent lourdes et que les premières crampes apparaissent. Si tu te sens bien avant, c’est normal mais surtout n’accélère pas; 10 secondes trop rapide au 15è km sont plusieurs minutes que tu vas regretter au 35è. » Le métro arrive à l’arrêt des champs élysées, je le remercie pour ses conseils et on se sépare. J’arrive avenue des champs Elysées et je me retrouve au milieu de 45 000 personnes, coureurs expérimentés, de tous les âges et toutes les nationalités. Je croise les kenyans et autres éthiopiens qui vont mener la course alors je me sens petit, tout petit mais l’excitation commence à monter. Sur les côtés, certains comment à s’échauffer alors que d’autres essaient de faire retomber la tension en blaguant. Je rejoins mon SAS des 3 h 45, je passe les barrières, quelques encouragements et ça y est, j’y suis ! Encore 30 minutes à attendre, c’est long et il faut essayer de « rester chaud ». il y a quelques chauffeurs d’ambiance mais vu le monde et comme on est serré, il est difficile de bouger.

9 h 10,  le grand départ

Les coureurs de mon sas commencent à bouger, 30 minutes après que les premiers soient partis. Pas facile de bouger au début, on slalome en faisant attention où on met les pieds, le sol est jonché de bouteilles d’eau mais surtout de sweat et ponchos que les coureurs ont laissés à l’abandon avant de partir. J’allume mon i-pod, je franchis la ligne de départ et je peux commencer à courir. Il fait beau, le décor est magnifique et je me sens bien, tout est parfait ! Je pars tranquillement, aux alentours de 11 km/h,  pour me réchauffer.

Bousculades au  premier ravitaillement

Je suis les conseils donnés au début, il faut s’arrêter à tous les ravitallements, même le premier alors je prends une bouteille d’eau à la volée …. Je m’hydrate, tout va bien …. jusqu’au 10 è km (45 minutes de course). Cela fait un peu d’une heure que je coure mais entre le T-shirt à manche longue, le sac sur le dos et le temps qui se réchauffe, je transpire énormément, je perds beaucoup trop d’eau et il est certain que je ne pourrai pas continuer comme çà pendant encore 30 kms. Problème, mon dossard est accroché sur mon T-shirt manche longue… il va falloir que j’enlève les 4 épingles de mon dossard, le réaccroche sur mon T-shirt du dessous, enlève mon sac, mon T-shirt pour le mettre dans le sac et tout ça en courant ! Ca a été très acrobatique mais j’ai réussi ! J’ai perdu un peu de temps, je me sens bien, peut-être un peu trop d’ailleurs. Je décide de rattraper un peu mon retard, pas d’autre moyen que d’accélérer. Je rejoins quelques minutes plus tard le meneur d’allure (facile à repérer, il porte une plume et une perruque violette).  On va approcher du troisième ravitaillement et mes sensations sont très bonnes

Raison versus Envie

Que faire ? Accélérer un peu plus ou écouter sagement les conseils prodigués quelques heures plus tôt ? Un peu de folie ou la sagesse ? Je suis en forme et je ne veux pas avoir de regret à l’arrivée alors je fais le choix de la jeunesse, ce qui m’excite le plus et même si j’ai un peu de mal, sur la fin,  ce sera le moment d’utiliser mon mental ! Je passe le 21è km à 1h47, je n’ai pas vu passer le temps sur cette première partie de parcours. Des ailes commencent à me pousser, je me prends à rêver de le finir en 3h30….

La déchéance

28è km, je commence à déchanter, mes jambes sont de plus en plus lourde… 30è km, ça devient nettement plus compliqué, les prémices des crampes arrivent puis les vrais… J’avais demandé à mes amis de se placer entre le 30è et le 35è km pour me soutenir et il n’était pas question que je m’arrête,  je ne voulais pas passer devant eux en marchant… alors je continue en claudiquant, grimaçant mais j’avance. Je ne suis pas le seul à qui ça arrive, certains tentent d’étirer leurs muscles douloureux sur le côté mais il y aussi tout ceux qui me dépassent… Je regrette déjà mes petites accélérations, il faut savoir rester humble face au marathon ! Les 12 derniers kms se feront au mental mais dit comme ça, 12 c’est beaucoup trop alors le seul moyen de tenir c’est de se fixer de petits objectifs : « je continue jusqu’au prochain km et je m’étire » et 10 mètres avant la pancarte, je me redis : « tu peux encore, va jusqu’au prochain » … de fil en aiguille j’arrive au 35è, un ravitaillement, j’ai pas croisé mes amis mais cette fois je m’arrête et à défaut de pouvoir courir normalement, je m’alimente et m’hydrate bien ! Quand je vois tout le monde qui me dépasse, je me remotive, je pense aux trailers, à Scott Jurek, à Kylian Jornet, mes parents et ma famille et surtout cette phrase de Pascal Pich qui résonne en moi : « les crampes finissent toujours pas passer », je confirme, c’est vrai mais quand certaines passent, d’autres apparaissent, dans des endroits improbables (au niveau des chevilles, du coude …) mais je repars néanmoins. Je commence à comprendre ce que disait Ryan Hall (marathonien Olympique) et me retrouve dans cet état d’esprit :

Je ne pense pas aux kilomètres que j’ai fait, encore moins à ceux qu’ils me restent à faire mais pas non plus à ceux que je suis entrain de faire. Je pense à ce que ce je fais en ce moment même, je suis comme perdu dans l’instant présent

Je tiens jusqu’au 37è et là je suis à bout alors je m’arrête… mais marchez pendant 10 secondes et 1000 personnes vous passent devant. Psychologiquement, c’est très compliqué aussi, je sais depuis longtemps que je ne tiendrai pas mon temps mais je vois aussi me dépasser les meneurs d’allure me dépasser tour à tour … Je ne peux regarder ni ma montre ni les gens autour de moi, c’est trop démoralisant alors je marche tête baissée … Et à ce moment, il y a les supporters, ce qui font aussi la magie du marathon…

La renaissance

Sur le dossard de chaque coureur, il y a un numéro et notre prénom et alors que je marchais, un supporter sur le côté m’interpelle : « Allez, reprends, reprends, tu vas le finir ! » Je ne le connaissais pas, lui ne me connaissait pas non plus, mais par le simple fait de m’appeler par mon prénom, j’ai été directement touché au cœur ; je grimaçais depuis plus d’une heure, les crampes étaient de plus en plus en terrible mais en quelques secondes, il m’a redonné le sourire et je suis reparti. Même technique que pendant les précédant kms, je me fixe de petits objectifs et arrive au dernier ravitaillement (40 kms). A ce moment-là, je me suis vraiment interrogé sur l’utilité de rajouter les 2 derniers kilomètres et 195 m, comme si 40 km n’étaient pas déjà assez ! Je me pose des questions mais je n’ai pas le choix, je ne fais pas les règles et j’arrive tant bien que mal au 41è km. La ligne d’arrivée est proche et ce dernier kilomètre est en réalité le plus simple ; on sait que la fin est proche alors je retrouve mes jambes du début et passe enfin la ligne après 4 h 26 de course …

La libération

C’est une grande décharge d’émotion, je suis à  la fois déçu du temps que j’ai fait, exténué par ces douze derniers  kilomètres douloureux mais aussi et surtout très heureux d’avoir vaincu le marathon ! Je  me pose, je discute avec quelques coureurs, on partage nos difficultés de marathonien (et oui, j’en suis un maintenant) et on peut aller récupérer sa médaille et son T-shirt : « Marathon de Paris finisher»!

VII. La récupération : 42 jours pour 42 kms ?

  •  De l’eau : Il est habituel de perdre en 3 et 5 kilos alors le plus important est de bien de se réhydrater.
  • Du repos : Le mieux est de ne rien faire tant qu’on a mal aux jambes et éviter toute sortie pendant 10 jours. A partir de ce moment là, il est conseillé de reprendre des petits footings de 45 min – 1 heure. Si vraiment on ne tient pas, on peut toujours allez à la piscine ou faire tranquillement du vélo.
  •  Contre la douleur, j’ai pris simplement de l’aspirine et pour soigner les lésions musculaires, je me suis aussi massé les jambes avec du froid et j’ai appliqué du Baume Saint Martin.

C’était mon premier défi de l’année et mon premier article. J’espère qu’il vous a plu et qu’il vous a donné envie de courir !  Si vous avez des questions ou besoin de précisions, n’hésitez pas à laisser des commentaires. On se quitte sur une citation de PattiSue Plumer :

La course nous apprend à nous défier. Elle nous apprend à repousser nos limites et nous aide à révéler notre vraie nature.

Et vous, à quoi ressemblait votre premier marathon ? N’hésitez pas à nous expliquer dans les commentaires !

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